Archie

Archie et sa soeur Guéganne
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ARCHIE MARTIN, REPRÉSENTANT CULTUREL DANS LES MARITIMES
par Archie Martin et Ismène Toussaint

Amateur d'histoire et de généalogie, collectionneur de tableaux autochtones, guide touristique, organisateur de camps de survie, danseur, conteur, Archie Martin est l'un des premiers Métis à avoir osé exprimer son identité dans les Maritimes, sa région natale, et l'un des représentants les plus actifs de sa culture. Dernièrement, il a profité de ses vacances pour effectuer un voyage à la fois familial et artistique au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse ; aussi, pour resserrer les liens entre les Métis du Québec, de l`Ontario et de la Nouvelle Écosse.

Guéganne Galerie Studio
160, rue Cartier,
Shediac, Nouveau-Brunswick
E4P 1L3
Canada
Téléphone: 1-506-533-1789
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ARCHIE MARTIN, Un enfant pas comme les autres

D'origine Mi'kmaq et Abénaquise, descendant d'un laboureur français du nom de Barnabé Martin, Archie Martin est né en 1947 à Baie Sainte-Anne, un village du Nouveau-Brunswick où règne une véritable hostilité à l'égard des Autochtones et principalement des Métis. " Le curé m'a baptisé Archie Martin parce que ce nom avait une consonance anglophone destinée à faciliter mon assimilation, explique l'intéressé. J'ai été brûlé au fer rouge dès le berceau, estampé comme un animal ". Cette hostilité remonte au XVIIIe siècle, lorsque les Anglais ont détruit l'alliance entre les Français et les Nations amérindiennes d'Acadie afin d'étendre leur domination sur le pays. Les Indiens ont payé un lourd tribut pendant la Déportation des Acadiens de Port-Royal (1755-1759), les Britanniques n'hésitant pas à s'allier aux Mohawks pour scalper les Mi'kmaqs et les Abénaquis, réputés pacifiques, et à vendre ces trophées sur le marché de Montréal. Quant aux Métis, emprisonnés dans la forteresse de Beauséjour (près de Shepody Bay), ils étaient utilisés à la fois comme constructeurs de digues et " animaux de foire " - selon l'expression de notre interviewé - pour distraire les Britanniques de leurs chants et de leurs danses au son des violons. D'autres ont été impitoyablement traqués dans les bois jusqu'à ce qu'ils meurent de faim.

Archie Martin passe les premières années de sa vie à Baie Ste. Anne, un village voisin. Mais victimes de la discrimination raciale et de l'ostracisme économique des Anglais et des Acadiens qui occupent toutes les terres cultivables, ses parents, comme bien d'autres Métis, ne tardent pas à déménager à Escuminac. " Poussés sur le coin de la mer ", ils y souffrent à nouveau du rejet de la population, constituée en majorité d'Anglais, de Canadiens-Français, de Canadiens-Anglais, d'Irlandais, d'Écossais et d'Allemands. " Nous étions des Métis, des sauvages: c'était une honte, une tare, confie le représentant culturel. La plupart d'entre nous se cachaient et se disaient Blancs. Mon père, Aleçon Martin, un blessé de guerre qui avait participé au Débarquement de 1942 en France, a été obligé de changer son prénom en celui d'Allison et de se faire passer pour un Irlandais afin d'exercer son métier de pêcheur. Ma mère, Marguerite Robicheau, se faisait constamment traiter de sauvage. " Le petit Archie est envoyé à l'école anglaise de Bois-Franc : " L'école française était interdite aux Indiens et aux Métis, précise-t-il. J'ai effectué toute ma scolarité en anglais jusqu'à l'âge de seize ans. " Très tôt, il prend conscience de sa " différence ", qu'il revendique pour le moins haut et fort : " Je battais les écoliers canadiens-anglais, j'ai renvoyé au gouvernement provincial les manuels d'Histoire qui présentaient Louis Riel et les Métis comme des bandits, et même beurré le drapeau de l'Union Jack avec des pommes pourries. "

Néanmoins, il conserve un souvenir heureux de son enfance à la fois campagnarde et marine, entouré de ses grands-parents, de ses parents, et de ses neuf frères et deux soeurs : " Nous vivions comme des Autochtones. Étant donné qu'il n'y avait ni électricité ni eau courante à la maison, nous nous chauffions avec un poêle à bois et nous lavions dans une grande cuve. Ma grande mère, qui était guérisseuse, fabriquait son propre savon et s'enduisait d'huile d'ours. Ma mère faisait son pain et des confitures. Nous avions des poules et un cochon, cultivions des légumes, cueillions des pommes, des mûres, et allions à la pêche. Le dimanche, nous ramions jusqu'à des îles situées au coeur d'un étang pour y ramasser des oeufs de canards sauvages et de goélands. "

Mais à l'adolescence, refusant de se voir ravalé au rang de " citoyen de seconde classe ", tout juste capable de parler " la langue des Nègres " (le chac), et voué à occuper des emplois sans avenir, Archie décide de partir pour une province plus ouverte aux Métis : le Manitoba, patrie de Louis Riel. Il y exercera divers métiers avant d'épouser Pierrette Scofield, une Métisse d'origine Mi'kmaq qui lui donnera trois enfants (et six petits-enfants), et d'effectuer une carrière de policier municipal puis d'agent de sécurité à Montréal.

Une longue et difficile reconnaissance

Établi aujourd'hui dans la banlieue de la métropole, Archie Martin consacre la plus grande partie de son temps libre à défendre la cause des siens. Sa fréquentation de différents groupes, tant au Québec que dans les Maritimes, lui a permis de réunir une abondante documentation, d'écrire quelques articles dans le site La Nation autochtone du Québec, et même de présider en 2005 la communauté 12 Montréal-Hochelaga de l'Alliance autochtone du Québec.

Chaque année, Archie retourne également dans les Maritimes afin de renouer avec ses racines et d'aider ses semblables. Ainsi, l'été dernier, a-t il effectué la tournée des réserves du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle Écosse, dont il brosse un tableau sans complaisance : " En 1850, les Indiens avaient tous disparu, décimés par la maladie, les guerres, la faim, l'alcool. Seuls, les Métis avaient survécu. Mais la Loi constitutionnelle du 1er juillet 1867 ne leur avait pas laissé d'autre choix que de s'enregistrer comme Indiens statués et de joindre les réserves. Louis Riel, qui était très conscient de la situation, avait parfaitement raison lorsqu'il écrivait que les Métis de l'Est vivaient méprisés sous le costume indien. Aujourd'hui, il y a environ 35 000 Autochtones au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Les réserves abondent en Métis qui s'ignorent ou feignent d'ignorer leurs origines pour jouir des avantages accordés par le gouvernement : dispense de taxes, rabattements d'impôts sur la pêche et la coupe de bois, subventions pour la construction d'habitats, bien-être social, gratuité des médicaments et de l'électricité, etc. Certaines d'entre elles sont bien tenues mais la plupart sont de véritables enfers, régis par la corruption, la contrebande d'alcool et de drogue, la violence, la prostitution, la pédophilie, la maladie, la dégénérescence. Leurs chefs autoproclamés et les conseils de bandes perçoivent des subsides énormes du gouvernement qu'ils détournent à leur profit exclusif. Il faut que les Métis reprennent conscience de leur véritable identité et sortent de ces ghettos pour s'épanouir et s'intégrer à la société. Il n'y a aucune gloire à vivre ainsi et je suis révolté de voir ma parenté écrasée de cette manière. "

Le danseur militant

Pour Archie, la danse est un moyen original de resensibiliser ses frères et sours métis à leur culture. Aussi, cette fois encore, n'a-t-il pas hésité à se lancer dans des démonstrations de danse traditionnelle métisse lors des pow wow qui ont jalonné son voyage. Il a reçu un accueil chaleureux à Millbrooke (Nouvelle-Écosse), à Papineau (près de Bathurst, même région), et surtout à Red Bank (Nouveau-Brunswick), sur la rivière Miramichi, théâtre récent d'une guerre entre le gouvernement et le militant Tully Ewan Paul, qui avait construit un centre de guérison pour les Autochtones et les Blancs fondé sur la spiritualité et la culture. Mais le Fédéral s'est empressé d'acheter les conseils de bandes à coups de millions de dollars pour pouvoir déplacer cet établissement et bâtir un centre d'interprétation sur un ancien cimetière indien surplombant la rivière.

En revanche, la prestation d'Archie à Burnt Church (N-B), la réserve la plus délabrée et la plus misérable de la province, est loin d'avoir soulevé le même enthousiasme : " L'ambiance était tendue et les bénévoles ont lâché les organisateurs de la fête au dernier moment, raconte-t-il. Seuls, les marchands métis d'articles autochtones ont été bien accueillis car les conseils de bandes perçoivent un pourcentage sur leurs ventes. L'argent fait loi. Lorsque je suis arrivé en costume traditionnel métis, le front ceint d'un bandeau rouge représentant un Mi'kmaq avec sa couette, tout le monde m'a regardé comme si j'étais un extra-terrestre. Il y a des gens qui m'ont salué mais beaucoup fuyaient mon regard et ont changé de place lorsque je me suis assis près d'eux. On m'a écarté en me faisant comprendre que je n'avais pas été invité. Normalement, toutes les races sont les bienvenues dans les pow wow : rejeter les autres revient à en trahir l'esprit. Mais je reviendrai jusqu'à ce que l'on me traite avec dignité. "

Néanmoins, le danseur a profité de son passage pour nouer des liens avec de nombreux Métis du Québec et de la Communauté de l'Est, mécontents de leur sort et souffrant d'avoir été trahis au fil des années par des marchands de fausses cartes d'identité métisse. Au terme de ces échanges, plusieurs représentants lui ont confié leur volonté d'élargir leurs horizons.

Poursuivant son périple, Archie s'est ensuite arrêté à Saint-Isidore (sur la côte Est, entre Acadie Sheila et Pockmouche, N-B), où se tenait l'assemblée de l'Alliance des Premiers peuples de la Côte Est. Constituée de 1600 Métis hors-réserves francophones et anglophones pratiquant une politique de recyclage des déchets nucléaires, cette force émergeante est en guerre ouverte contre certains organismes métis anglophones basés à Fredericton, qui ne reconnaissent que les descendants des Autochtones inscrits le 1er juillet 1867 et lui causent un tort considérable en la privant d'aides gouvernementales et associatives.

Au cours de ce meeting, le leader culturel a également établi un contact sympathique avec M. Michaël McGuire, le président de l'OMAA (Ontario Metis Aboriginal Association - Association des Métis autochtones de l'Ontario), un organisme représentatif des Métis et des Indiens hors-réserves de la province, venu prononcer une conférence sur l'arrêt Powley. À la suite de sa rencontre avec Archie, ce dernier s'est révélé " favorable au dialogue avec les Franco Métis du Canada et l'Alliance autochtone du Québec. "

À Shédiac (près de Moncton, N-B), où il a également dansé, Archie a retrouvé sa sour, Priscilla Doucet-Martin, dite " Guéganne ", une artiste peintre de grand talent, plusieurs fois médaillée par le Canada et l'Europe, ainsi que son frère Aleçon, un ancien gardien de prison. L'occasion pour lui de remonter le temps en sacrifiant à la tradition de la pêche à la truite, de la récolte du foin d'odeur, et des randonnées dans la nature environnante.

Enfin, la tournée du militant s'est achevée par une visite à Kouchibouguac (N B), un village de la Côte Nord qui avait défrayé la chronique provinciale dans les années 1970 avec " l'affaire Jackie Vautour ". En 1969, les gouvernements avaient exproprié de la région quelque 250 familles d'agriculteurs, de chasseurs et de pêcheurs - soit 1500 personnes réparties dans huit villages - afin d'y aménager un parc national. Théoriquement destiné à " améliorer les conditions de vie " des habitants, cette initiative les avait en fait réduits à la dernière extrémité : réalisé en 1978, le documentaire de l'Office national du Film du Canada intitulé Kouchibouguac, nous plonge dans une situation proche de celle des pionniers du début du XIXe siècle.

C'est alors qu'un mineur et bûcheron métis plus instruit que les autres, Jackie Vautour, dit " le Louis Riel du Nouveau-Brunswick ", s'était dressé contre les autorités, multipliant les assemblées, les manifestations, les actes de désobéissance civile. Toute sa vie, cet irréductible défenseur de la cause métisse a lutté pour essayer de récupérer ses terres et celles des siens. Frappé, malmené par la police, condamné et emprisonné à plusieurs reprises, ruiné par de multiples procès, M. Vautour, aujourd'hui âgé de 79 ans, est un homme prématurément vieilli, mais que les épreuves n'ont pas encore brisé. Ses derniers meubles vendus à l'encan, il s'est juré malgré tout de mener son combat " jusqu'à la mort " et que ses enfants prendraient la relève. Archie l'a assuré de son plein appui lorsqu'il devra faire face au tribunal, en décembre prochain, à des accusations de pêche illégale de coques et de palourdes et prouver tant son ascendance métisse que les origines métisses du village de Kouchibouguac

Un bilan doux-amer

De retour à Montréal, en dépit des images douloureuses qu'il a rapportées de son séjour, Archie Martin s'est déclaré plein d'espoir quant à l'avenir des Métis des Maritimes : " On leur a tout pris mais il y a en moi une force qui me pousse à dénoncer leurs souffrances et à soutenir leurs revendications en matière de soin de santé, d'habitat,d'éducation, etc. Peu d'entre eux osent s'afficher Métis, sous peine d'être laissés pour compte : ils sont conditionnés à se dire Indiens ou Blancs. Pourtant, il faut qu'ils se fassent reconnaître et respecter en tant que Métis. Quand on vit ses deux cultures, comme moi, qui suis à la fois Acadien et Autochtone, on a une meilleure image de soi. Trop de gens exploitent les Métis. Le gouvernement fédéral entretient les divisions entre les Indiens et eux pour mieux asseoir son pouvoir : il achète la plupart des chefs de réserve, encourageant le processus d'autodestruction des Autochtones. L'argent est mal administré : il faudrait mettre les bonnes personnes à la bonne place pour faire progresser notre cause. Il y a un énorme travail à effectuer mais comme disait Louis Riel, si les Métis se serrent les coudes et s'unissent d'une extrémité à l'autre du Canada, les terres, les eaux, les montagnes et les forêts leur appartiendront un jour. "

Ismène Toussaint Auteure métisse naturalisée Fille spirituelle de Louis Riel, le Bison de cristal

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Archie Martin Chef Président de la communauté 12 Montréal-Hochelaga de l'Alliance autochtone du Québec Représentant culturel métis dans les Maritimes.

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